Landerneau politique sénégalais : L’amorphie de l’Opposition fait peur

‘’Il n’y a presque pas d’opposition à l’heure actuelle au Sénégal’’. Cette déclaration est le fait du Professeur Iba Barry Camara, spécialiste en Droit, grand observateur de la vie politique nationale, invité de l’émission Actu-média sur Rewmi Fm.

Ils sont de plus en plus nombreux à faire le constat d’une amorphie de l’opposition que l’on ressent de moins en moins peser d’un quelconque poids sur le landerneau politique sénégalais.

En l’absence des partis de l’opposition classique, invisibles, le Pasteef de Ousmane Sonko se débat sans vraiment créer les conditions d’une vraie interaction entre pouvoir et opposition.

Car, c’est fondamentalement ce qui manque, de nos jours : Une opposition qui s’oppose vraiment face à un pouvoir qui gouverne à son aise, sans anicroche.

Le Rewmi, le Parti démocratique sénégalais (Pds), les deux partis les plus significatifs de cette opposition évitent soigneusement de se faire remarquer.

Pis, il n’y a plus un cadre digne de ce nom où l’opposition se retrouve pour élaborer des stratégies et faire face au camp de Macky. Tout se passe comme si, actuellement, elle n’a plus envie de s’opposer.

Des tentatives d’explication sont avancées par rapport à cet état de fait.

La première raison avancée est qu’il y a des négociations en sourdine. Beaucoup de leaders seraient en discussion avec le Chef de l’Etat d’une façon directe ou indirecte, officielle ou officieuse.

Du côté du Pds, les médiations de nombreuses personnalités au rang des desquels le Président guinéen Alpha Condé et le Khalife général des Mouride, avaient abouti à un rapprochement certain.

Wade était même allé au Palais, une visite sanctionnée par un communiqué conjoint.

Mais, depuis, silence-radio : L’opinion n’en sait pas plus. Ce qui est sûr, c’est que le fait pour Karim Wade d’envoyer 5 mille kits sanitaires au Gouvernement en dit long sur l’état actuel des relations Pds/pouvoir.

Quant à Idrissa Seck, son long silence qui inquiète les observateurs dont certains, comme nous, soupçonnent une exaspération face à la chose politique due aux promesses non-tenues de proches mais aussi de potentiels électeurs.

Il n’est pas exclu que, comme l’affirmait le journaliste Cheikh Yérim Seck, un rapprochement soit aussi tenté entre Macky et Idy. Le soutien du dernier au premier était indéniable dans la première période de lutte contre la pandémie. Idy avait été reçu au Palais.

C’est dire que les sorties sporadiques de Mamadou Lamine Diallo de Tekki ou de Abdoul Mbaye de Act ne sauraient suffire. Le Sénégal a besoin de son opposition.

A défaut d’avoir un chef de file de l’opposition conformément aux résultats du référendum de 2016, il est important que les partis qui se disent tels fassent leur travail.

Certes la présidentielle et encore lointaine et les locales incertaines, mais, la politique, c’est d’abord et avant tout une affaire d’occupation du terrain. Mieux, de communication. Si on ne agit pas et on ne communique pas, on disparait.

Mieux, la gestion des affaires publiques requiert une prégnance quotidienne d’une opposition dynamique et consciente de ses responsabilités.

Non seulement l’opposition doit exister mais aussi s’organiser pour faire face à la grande coalition qui dirige le pays.

Malheureusement, le sentiment qui se dégage chez de nombreux sénégalais, c’est qu’ils sont laissés à eux même face un pouvoir qui a toute la latitude de se mouvoir.

Seule une partie de la Société civile tient le flambeau de la contestation et même de la proposition avec les limites que l’on sait.

Face à un adversaire inerte et désorganisé, démotivé et abonné absent, Macky s’impose en maître du jeu et a l’embarras du choix de la stratégie à adopter en 2024.

Tout se passe comme si on lui a signé un blanc-seing et qu’on le laisse dérouler son agenda qui est pour le moment secret.

De Abdou Diouf à Abdoulaye Wade, aucun Président n’a eu cette forme de ‘’paix’’ parce que ses adversaires refusent de continuer à combattre.

Assane Samb

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