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«Ousmane Sonko, les impairs d’une communication» par Khalifa Ababacar Gaye

« La communication, c’est comme la chirurgie esthétique, quand ça se voit, c’est que c’est raté », disait Gérard Colé, communicant de François Mitterrand . Cette assertion s’applique à bien des égards au benjamin des candidats de la présidentielle de 2019. Ousmane Sonko, pour ne pas le nommer, fait des sorties fréquentes mais son discours laisse toujours à désirer. La faute n’est pas seulement imputable à l’improvisation dont il est devenu un maître. Il y a aussi d’autres facteurs non moins éloquents qui, au lieu de lui profiter pour être toujours présent aux côtés des populations, risquent de le perdre.

Il n’y a aucun doute que de par sa prise de parole fréquente, en réaction aux différents actes posés par le régime Sall, Ousmane Sonko se positionne comme un opposant redoutable. Le chef des Patriotes ne se fait jamais prier pour être le tribun de cette partie du peuple qui ne se reconnaît pas dans les politiques que déroule Macky Sall. Son discours, toujours à charge contre les tenants du pouvoir, tangue souvent et décèle des failles qu’il aurait pu éviter s’il faisait montre d’un peu de mesure.

Le ton discursif, souvent mâté de mépris et de condescendance à l’égard de toute la classe politique, finit par l’isoler de plus en plus. En rupture avec les autres hommes politiques depuis ses débuts, à travers l’étiquette su « système » qu’il leur colle et qu’il combat de façon soutenue, le leader de Pastef aime prendre ses distances. Il ne rate jamais l’occasion de le marteler et parfois de s’en enorgueillir. Cette facette du discours du 3è candidat lors de la présidentielle passée est connue de tous. Ses sorties se suivent et se ressemblent. Quand bien même les thèmes peuvent différer, le fond reste le même: tirer sur tout, tirer surtout.

Ousmane Sonko et le statut de l’opposition

Les récentes apparitions publiques du député en sont des preuves éloquentes. Alors que l’occasion ne s’y prêtait pas aucunement, encore moins le cadre ou le contexte, Ousmane Sonko s’en prend vertement à ses camarades de la sphère politique, pouvoir et opposition réunis. Profitant de la visite aux sinistrés, il anime un point de presse pour se désoler de la situation éprouvante des inondés et la mauvaise gestion de la question des inondations depuis 2012. En bon politicien, il exploite la situation en faisant une glissade sur des questions purement politiques.

Un coq-à-l’âne qui lui permettra de s’attaquer de façon claire à toute l’opposition notamment à Idrissa Seck quand il affirme que personne ne sera son chef dans l’opposition. De la condescendance ou du narcissisme? En tout cas, cette attitude est en porte à faux aux idéaux de patriotes dont il se réclame si l’on sait que la question du statut du chef de l’opposition est une disposition du référendum de 2016.

Le clash avec Bougane Guèye

Fougueux et rugueux, le leader des Patriotes s’accommode mal avec les critiques. C’est d’ailleurs ce qui explique ses passes d’armes avec le leader du mouvement Gueum Sa Bopp, Bougane Guèye, par ailleurs directeur général de la Sen Tv. Indisposé par les déclarations de celui-ci, pourtant de portée générale et impersonnelle, Sonko lui sert une réponse acerbe. Malgré le caractère impersonnel de son discours, tout le monde sait qu’il fait allusion à Bougane Guèye quand il parle d’opposant de circonstances, incapable de franchir la barre du parrainage.

En effet, toute sa sortie d’hier apparaît comme une réponse à l’invitation de Bougane, pas lui seul d’ailleurs, de ne pas politiser la question des inondations. Qui pis est, prétendre qu’il est le seul vrai opposant à Macky Sall relève d’une grande méprise, et cela se paie souvent en politique. Ces échanges aigre-doux avec Bougane, qui est revenu à la charge aujourd’hui, peuvent être lourds de conséquence pour un jeune opposant qui a plus à gagner en adoptant une attitude fédératrice. Mais l’orientation discursive du patron des patriotes correspond parfaitement à l’état d’esprit de la majorité de ses souteneurs, très jeunes et peu matures. Cela les contente, alors rien à signaler!

Un silence gagnant, une communication silencieuse

La communication ne peut pas qu’être gestuelle ou orale, elle peut trouver toute sa portée dans un silence. N’est-ce pas, qui ne dit mot consent? Alors que le consentement est souvent perçu comme une notification verbale ou écrite, cet adage nous enseigne que le silence peut bien en être vecteur. Ce n’est donc pas toujours qu’on doit sentir le besoin de prendre la parole; certaines situations nous donnent l’occasion de ne pas en user ou d’en usager de façon minutieuse. Bien des hommes de médias ou acteurs politiques se sont retrouvés dans le pétrin à cause d’une communication désastreuse. Il vaut mieux le silence qu’une prise de parole hasardeuse. Surtout en politique où la soustraction n’est jamais une bonne opération.

Cette façon d’adopter un « silence assourdissant » ne peut qu’être bénéfique à son auteur. C’est le choix qu’a fait Idrissa Seck et qui l’oppose diamétralement à Ousmane Sonko, son principal challenger. Si le premier trouve un soulagement dans ses attaques verbales, l’autre se claquemure dans un silence dont il ne sort que rarement. L’habitude est une seconde nature mas s’il décidait de l’adopter quelques fois, Ousmane Sonko découvrirait que le silence est de l’or et qu’il ne pourrait que lui profiter.

Par Khalifa Ababacar Gaye/SeneNews

kagaye@senenews.com

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