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Péril environnemental : Casamance, forêt en sursis

Région de Ziguinchor, département de Bignona, commune de Kataba 1, Village de Kouram. Une femme travaille dans le jardin maraîcher dans le cadre d’un programme de sécurité économique. Ziguinchor area, Bignona Department, Kataba 1 municipality, Kouram village. A woman works in a vegetable garden as part of an economic security programme. Ce programme de sécurité économique, mis en place avec l’aide du CICR, est au profit des populations réfugiées en Gambie en 2006 et qui sont retournées dans leurs villages d’origine depuis 2012. Ce projet cible en priorité les femmes. This economic security programme, set up with the help of the ICRC, will benefit populations who took refuge in Gambia in 2006 and who came back in their country of origin since 2012. This project targets in priority women.

Le trafic de bois est en train de priver la Casamance de certaines espèces qui vont incessamment disparaître, si on ne stoppe pas le massacre. La complicité des populations fait prospérer le business entretenu depuis la Gambie.

La Casamance connaît depuis quelques années un pillage en règle de ses forêts qui détruit les ressorts de l’environnement et menace la survie des communautés. Et ce fléau jadis circonscrit dans des surfaces limitées a pris une ampleur inégalée aujourd’hui avec un trafic organisé, généralisé et qui s’étend à tous les massifs forestiers de la Casamance. Une situation qui interpelle le Forum africain des journalistes (Ajf), qui demande «des mesures draconiennes pour mettre fin à cette pratique aux conséquences dramatiques pour la région».
Selon une étude consacrée à la déforestation, c’est environ 2 millions de forêts qui disparaissent chaque année en Afrique. Au Sénégal pays touché par la déforestation, les conséquences d’un tel phénomène se manifestent surtout par la réduction des surfaces forestières. C’est le cas notamment en Casamance où le fléau a atteint des niveaux insoupçonnés avec la coupe abusive de bois très récurrente dans les zones frontalières de la Gambie et qui touche presque toutes les grandes localités du Pakao et les profondeurs du Sud. Les statistiques font ainsi état de plus d’un million d’arbres coupés dans la zone de 2010 à nos jours. Un trafic qui génère des revenus inestimables et qui est le fait d’exploitants bien organisés et qui opèrent dans la bande frontalière. Et c’est pour faire face à ces atteintes environnementales qu’African journalists forum (Ajf), une association qui regroupe des journalistes de plus de 30 pays du continent, s’est joint aux nombreuses initiatives internationales pour sensibiliser et alerter sur les conséquences d’un tel phénomène en Casamance. Une démarche qui s’inscrit dans la mise en œuvre du Projet de plateforme d’alerte sur le péril environnemental (Papes), exécuté au Sénégal.
Aujourd’hui, les problèmes environnementaux engendrés par la déforestation doivent attirer l’attention des gouvernants, des populations et des partenaires sur la nécessité de prendre en charge ce fléau par des actions concrètes, d’inciter les populations locales et les collectivités à prendre des mesures concrètes pour améliorer la situation. En tout cas, le sous-préfet de Sindian alerte sur «les multiples agressions notées au niveau des massifs forestiers de cette contrée». Il rappelle que des «personnes malintentionnées s’adonnent à la coupe illicite de bois et à la carbonisation». «Cette situation est favorisée, selon Moussa Ba, par la porosité de la bande frontalière qui permet aux contrebandiers d’opérer sans pour autant être inquiétées.» D’après l’autorité sous-préfectorale, il faut des «activités de sensibilisation et de protection menées par les brigades forestières et les comités de lutte contre la déforestation. Et ce, de concert avec les chefs de village, les élus locaux pour enrayer ce phénomène». Il a aussi magnifié le travail abattu en parfaite symbiose par les forces de défense et de sécurité pour mettre hors d’état de nuire les trafiquants.
Et dans la forêt de Djédjel, toujours dans le Fogny, c’est toute une zone jadis peuplée par des arbres multimillénaires qui est en train de disparaître à petit feu. «Cette visite est importante pour nous, car elle permet de mettre au-devant cette situation vécue dans cette contrée. Et elle permet de poser également des actions de plaidoyer, de sensibilisation et de lutte contre la déforestation», précise l’édile de Sindian. Yancouba Sagna craint «de voir bientôt disparaître les quelques échantillons de bois de teck qui restent encore dans cette forêt, car c’est une mafia qui s’adonne à ce trafic international. Ils opèrent au cœur de la forêt la nuit sans être inquiétés avec un important arsenal composé entre autres de scieries mobiles», a-t-il soutenu. M. Sagna déplore du coup la complicité des populations qui y trouvent leur compte. Et pour lui, «ces populations vendent souvent ces troncs d’arbre à vils prix, car ce qui les motive, c’est leur pauvreté et leur vulnérabilité». Dans ses habits de guide forestier, le maire de Sindian a déploré les faibles moyens notés au niveau de leur collectivité et qui ne leur permettent pas de faire face à cette mafia organisée. «Les populations n’ont pas également les moyens de les contra-carrer. Elles ne constatent souvent les dégâts qu’au petit matin après la razzia opérée la nuit par les trafiquants», se désole Yancouba Sagna, qui demande l’appui des «autorités et des partenaires des financements verts et des moyens conséquents pour faire face à ce phénomène».
En écho, Dr René Massiga Diouf, président de l’Ajf, mesure le danger qui menace la Casamance : «Nous avons voulu alerter sur ce que nous constatons comme une agression sur l’environnement et qui est en train de changer le visage de la Casamance. Cette situation porte l’empreinte de réseaux organisés avec des mains étrangères tapies dans l’ombre et aux conséquences néfastes pour les populations et les espèces.» Evidemment, il reconnaît que ce fléau sera difficile à éradiquer du fait de la complexité des zones de coupe et de trafic souvent difficiles d’accès. «Je plaide pour des actions fortes pour contrecarrer ces opérations clandestines. Il y a beaucoup d’actions et d’interventions, mais pas assez de plaidoyers. Il s’agit aujourd’hui de montrer les vraies réalités de la déforestation et pousser les gouvernants à agir et à prendre les dispositions idoines pour éradiquer ce fléau», poursuit René Massiga Diouf qui sait que le chemin à parcourir reste long et parsemé d’embûches.

Source: Lequotidien – Ibou Mané ( imane@lequotidien.sn

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