Pourquoi les autorités de ce pays oublient-elles que Diannah Malary aussi abrite des Citoyens Sénégalais ? Parce que l’obscurité ne peut être ad aeternam !


Jeudi 27 août 2015, Diannah Malary, petite « ville » à l’interface Peulh/Manding, située à l’est de la région de Sédhiou, en Moyenne Casamance sénégalaise, inscrit 11 martyrs à la liste des personnes en garde à vue à la brigade de gendarmerie de Sédhiou. Motif : trouble à l’ordre public pour obstruction à la caravane d’un Ministre du Gouvernement en train de passer ses vacances plaisantines, qu’il teint de citoyennes, avec les partisans de sa concession politique. Non, je me trompe, et beaucoup d’autres vous ont aussi trompés, le vrai mobile c’est que 11 braves jeunes demandent à sortir Diannah Malary des ténèbres.
Est-ce un pêché de demander la lumière ? Vous me direz que la manière n’y était pas. Mais c’est quoi une manière de réclamer un droit, surtout quand le Président de ta République était venu jusque chez toi te promettre l’électricité. Oui je reconnais que c’était en 2012, en pleine campagne électorale et nous avons peut-être eu tort de lui offrir notre hospitalité pour lui permettre de nous chatouiller les oreilles par de belles paroles qui flirtent aujourd’hui avec une sorte de fourberie. Mais jusqu’à quand devons-nous admettre cette façon sournoise de faire la politique qui ne soigne sa mise que habillée de démagogie, de tromperie, de mensonge, ainsi de suite.

J’avais pourtant osé espérer que le Président de la République, M. Macky Sall, n’avait pas cherché, comme beaucoup d’autres avant lui, à nous arnaquer en 2012 pour son fauteuil actuel ; j’ai espéré qu’il était en train de traiter notre dossier. Mais là, l’attente est longue, elle est devenue ad aeternam ! Je me demande quand ce gibier sera t’il complètement cuit. Gibier, oui, parce que ces promesses ont servi, comme partout ailleurs sur l’étendue du territoire national, à élire un Président qui a collecté des voix nourries par des amas de frustrations et de colères enfouies dans les abysses d’une certaine mal gouvernance étatique qui a fait naître parfois des esprits rebelles.

Pendant ce temps, les Diannois sont dans le noir. Ce mal nous ronge depuis les temps coloniaux où les chalands venaient charrier sur notre rivage des manœuvres, commerçants et marchandises des soleils de l’arachide coloniale sur cet ancien port, point terminus du fleuve Casamance, jusqu’à nous, reliques du puzzle des peuples intègres qui ont su se brasser comme dans un mixeur Moulinex. Notre Gouvernement, lui, se joue de nous avec deux vieux groupes électrogènes, jonglant entre pannes et dépannages, qui se relaient à nous gicler chaque soir une pathétique lumière pendant 4 tours d’horloge, comme un effronté sperme en quête désespérée d’exutoire. De la jouvence de la fin des années 2000 qui nous donne les premiers jeux lumineux de l’ASER à la trompeuse promesse d’une haute tension, nous parcourons nos pistes boueuses lampes torches en main. Pourtant, des groupes de gens bien autorisés par une Mairie complice, viennent chaque mois nous extorquer notre bourse pour une arnaqueuse facture d’électricité jamais consommée, tout en omettant d’encaisser les leurs. On se demande même qui va cuire cet argent mal propre dans la marmite de son ménage, puisque l’absence de fonds pour carburant est devenue le subterfuge pour justifier les coupures répétées. Et nous, communauté des citoyens lambda, nous nous offusquons sous le coude, la tête bien enkystée entre les paumes de la main, pour ne pas frustrer une parentèle peu soucieuse de notre sort.
Alors, comme nos 11 martyrs l’avaient fait un jeudi 27 août 2015, j’ai, moi-aussi, choisi ce jeudi pour faire bégayer l’histoire en découvrant ma langue de son bâillon, pour lancer des baïonnettes à l’endroit de ceux qui dédaignent de répondre à la complainte des populations de Diannah Malary et ses villages environnants.

Nous refusons les ténèbres parce que l’électricité n’est pas un luxe pour nous, c’est une nécessité. Nous refusons parce que nous naissons et pleurons dans la pénombre, grandissons et apprenons sous des lampes à pétrole, sans jamais connaître les avantages de TIC. Nous refusons parce le manque d’électricité empêche nos acteurs économiques, dont des femmes et des jeunes ambitieux, de développer leurs activités. Nous refusons parce que nos postes et cases de santé, nos écoles et lycées, les seuls équipements dont nous disposons depuis une certaine indépendance du Sénégal, seraient mieux exploités avec un peu d’électricité. Nous refusons parce que nos partenaires au développement hésitent à venir nous rejoindre dans l’insécurité qui hante nos nuits. Enfin, nous refusons parce que tout simplement nous sommes des Sénégalais comme vous tous, qui paient des impôts, votent et participent à la construction de notre commune « Nation » sénégalaise.
Oui, parce que parler de « Nation » doit nous rappeler un certain nombre de principes et de valeurs, dont l’intégrité territoriale et la primauté de l’intérêt général, au-delà de toute obédience politico-religieuse, « ethniciste » ou régionaliste. La crise sanitaire liée à la pandémie du Covid-19 est accablante, elle mérite bien des mesures fortes pour son endiguement. Mais est-elle plus douloureuse chez les populations rurales sénégalaises, dont les Diannois, que toutes les autres crises multi-formes qui sont devenues le lot de notre quotidien ? Je pense sincèrement que Non, tout en laissant chacun des diannois apprécier dans l’intimité de son obscurité.

Pourquoi donc, les autres crises n’ont guère pu mobiliser autant de force et d’attention de la part de l’Etat et des politiciens, comme c’est le cas avec le Covid-19 ? Dès que quelques cas de Covid-19 ont été déclarés dans la zone, l’hypocrisie de la sphère politicienne et gouvernementale a connu son paroxysme. Alors que leur indifférence face à la demande d’électricité de tout un peuple était plus bruyante que l’explosion de Tchernobyl de 1986. Comment donc comprendre qu’on veuille nous mobiliser contre une crise sanitaire de moins d’un trimestre alors qu’on subit, depuis des lustres, les affres d’une obscurité endémique ? Comment comprendre que des vivres nous soient offerts à coût de milliards, alors que ces sommes auraient pu aiguiser notre faim persistante d’électricité ? Il faudrait qu’on dépasse les intérêts crypto personnels ou purement électoralistes, qui viennent parasiter la défense de l’intérêt de la Nation. Nous, populations de Diannah Malary et environs, préférons l’électricité à vos vivres distribués au nom d’une soudure moins épeurant que notre obscurité endémique.

Quand notre Gouvernement entendra t’il la clameur de nos voix ? Nous avons attendu en vain depuis l’Indépendance, nous sommes ignorés par les représentants locaux de l’Etat, nous sommes arnaqués par nos propres élus locaux. A vous M. le Président, nous adressons nos ultimes plaintes. Pour nous avoir promis l’électricité en continue, nous, les parias du Pakao, de Diannah Bah à Carrefour Ndiaye, demandons juste que la promesse soit tenue. Ecoutez notre complainte ! Rendez-nous notre dignité de citoyens Sénégalais en électrifiant nos villages.

Dr Seydou BADJI, Géographe et Citoyen de Diannah Malary, seydoubadji@gmail.com

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