SERIGNE FALLOU DIENG (CIS) : « TOUBA EST LE VENTRE MOU DE LA PRÉCAUTION NATIONALE »

Le principe de précaution sanitaire est un dogme religieux. C’est un des enseignements que Serigne Fallou Dieng tire de la pandémie du Coronavirus. Dans cet entretien accordé à Emedia.sn, ce petit fils de Serigne Touba, membre du Cercle des intellectuels soufis, est largement revenu sur les enseignements islamiques en période de crise sanitaire. Serigne Fallou Dieng a aussi donné les raisons de la transmission du virus dans la cité religieuse de Touba. 

Quels sont les enseignements islamiques que l’on pourrait tirer de la Covid-19 ?  
 
Dans la culture islamique le principe de précaution sanitaire et préventive est un dogme religieux qui devrait guider les conduites quotidiennes allant du simple geste de se laver ses mains avant de boire et de manger, en passant par le lavage rituel et le souci de la propreté de son corps, de son lieu de vie et de ses habits, jusqu’à l’acte quotidien le plus fondamental de la prière, à savoir faire des ablutions, en lavant ses mains, ses avant-bras, son visage et ses pieds. Cette hygiène de vie, nous accompagne même dans notre façon de manger et de boire, d’assouvir nos besoins les plus naturels. 

L’islam nous enjoint de nous soigner et de nous prémunir en bannissant le prétexte du fatalisme. En effet, la protection de son corps, comme dépôt divin est un devoir religieux. Donc, en aucun cas, il n’est permis de négliger son corps, le maltraiter ou le priver du soin, sous quelque prétexte que ce soit : ’’ton corps a un droit sur toi’’. 

En puisant dans le tréfonds de la ” Siira”, la hagiographie islamique, des compagnons du prophète, on s’aperçoit que lorsque la peste arriva à l’époque du deuxième successeur du Prophète (Psl), Omar Ibn Khatab, ce dernier refusa de rentrer au Châmm (une partie de la Syrie actuellement), qui était alors touché par cette épidémie, et un compagnon « Abu Oubayda Ibn Jarrah » lui reprocha : « Est-ce que tu fuis le destin d’Allah ? ». Omar lui rappela une philosophie du destin : « On fuit le destin d’Allah vers le destin d’Allah ». C’est-à-dire qu’il ne faut pas utiliser le prétexte d’un destin pour justifier notre choix d’adopter telle ou telle attitude à risque.

Dans ce sillage, il faut noter que les chefs religieux ont joué le rôle qui est le leur, en adoptant une attitude irréprochable et très positive en ayant la pleine conscience du danger qui pèse sur les vies des fidèles et qui cache derrière la contamination massive. C’est pourquoi ils ont fourni beaucoup d’efforts dans sillage de sauver des vies et garantir la réussite du combat contre le Covid-19. Ils y ont apporté énormément de partitions.

Entre mosquées fermées, pèlerinage annulés et rassemblements suspendus, l’ordre religieux sénégalais, toutes obédiences confondues, a donné de réels gages de bonne volonté pour s’adapter aux exigences du contexte Covid-19.

Quelle explication pouvez-vous donner à la multiplication des cas à Touba ?
 
Touba représente le ventre mou de la précaution nationale contre la Covid-19. La multiplication des cas positifs à Touba, s’explique du fait que Touba n’a jusqu’ici connu aucune mobilisation d’envergure, aucun élan social ayant trait à la dynamique prophylactique, contre la propagation du Coronavirus. Ce qui fait que la majorité de la population n’est pas suffisamment ni conscient ni imprégnée des réels dangers qui pèsent sur elle, elle ne mesure pas également les véritables dangers très pernicieux qui sont liés à la propagation de ce virus très contagieux.

Donc le premier ressort de cette attitude de la population assez inconsciente et nonchalamment rétive et réfractaire à l’élan de la mobilisation nationale contre le Covid-19. C’est peut-être l’absence des relais politiques locaux, pour mener convenablement la campagne de sensibilisation et de la promotion des gestes barrières sur le terrain social. 

« LA MOBILISATION NATIONALE CONTRE LA COVID 19 S’ESSOUFFLE »

 
 
Pourquoi ce fiasco de la promotion des gestes barrières a-t-il lieu ?
 
C’est parce que la notion du chef religieux, régulateur social, est uniquement orienté vers la loyauté politique du religieux envers le pouvoir et l’engagement du marabout pour la promotion électorale en faveur de l’homme politique en contrepartie des avantages politiques et la reconnaissance publique de certains titres sociaux au profit du marabout. Une approche dévalorisante qui fait que le marabout ne serait plus, un relais social, qui promeut la morale civile. Voilà pourquoi aucun chef religieux ne s’est investi pour que cette règle de discipline protectrice ne soit respectée à grande échelle dans la ville sainte. 

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