« Si Covid-19 fait peur, le syndrome de 3e mandat l’est plus au Sénégal» dixit Nicolas Silandibithe BASSENE

Syndrome d’un 3e mandat, Macky prouvez nous le contraire.

Si Covid-19 fait peur, le syndrome de « 3e mandat » l’est plus au Sénégal. Dans un contexte généralisé, l’Afrique semblerait retourner à l’époque des royaumes où les rois s’éternisaient au pouvoir. On ne compte plus le nombre de chefs d’Etats qui, au terme de leur deuxième et dernier mandat, tripotent la Constitution pour rester. Tous les moyens sont bons quitte à s’agripper au fauteuil présidentiel et chacun s’ingénie à trouver la parade pour s’y maintenir. Nos dirigeants sembleraient être atteints d’une maladie qui est « le syndrome du troisième mandat ». La folie du troisième mandat risquerait de précipiter le continent dans le chaos. Le Sénégal, après une tentative ratée en 2012 va-t-il réitérer en 2024 ? Les signaux sembleraient nous offrir un tel scénario.

Décidément, goûter au pouvoir et le quitter semble impossible pour nos chefs d’Etats en Afrique.

Les présidents africains, frappés du sceaux de deuxième et dernier mandat, déroulent tranquillement leurs projets machiavéliques pour se maintenir au pouvoir. Ils n’hésitent pas de contourner les règles et lois précédemment établies par des réformes de constitutions pour légaliser et légitimer leurs forfaitures. S’ils réussissent le plus souvent à cette délicate mission c’est avec la complicité des majorités parlementaires mécaniques qu’ils opèrent (les béni-oui-oui) par voie parlementaire et surtout avec la complicité inacceptable et  inconcevable des conseils constitutionnels ou cours constitutionnels (institution publique, la plus haute instance du système judiciaire) dont les membres sont nommés par ces mêmes présidents. Egalement avec l’aide des textes obscurs et inexpliqués calqués à leurs projets personnels soumis à une population profane par voie référendaire.

Or, l’obscurité d’un texte ne peut provenir que de l’ambiguïté ou de l’indétermination du sens usuel de ses termes. Pourtant, les textes des constitutions devraient être clairs. La clarté d’un texte est la règle, ou tout au moins l’idéal, que doit et peut réaliser toute législation écrite, son obscurité est au contraire l’exception. Une constitution doit être « sacrée » et forte vu son importance.

Cependant, les constitutions sont devenues des textes banals, des chiffons en Afrique. Pourtant, la constitution, loi fondamentale, fixe l’organisation et le fonctionnement d’un Etat. Contrairement aux grandes nations démocratiques (USA, Europe) pour qui l’Etat de droit et la consolidation démocratique sont garantis par des constitutions fortes difficilement modifiables, en Afrique c’est par claque-doigt que le tripotage, les retouches et autres se font sans se soucier de l’intérêt général.

Le jeu de troisième mandat qui suscite tant de tensions et d’inquiétudes comme c’est le cas aujourd’hui de la Cote d’Ivoire, de la Guinée et peut-être du Sénégal en 2024 n’a aucune réalité juridique et constitutionnelle. C’est une imposture intellectuelle qui dissimule les nouvelles formes de coup d’Etat constitutionnel et de coup d’Etat électoral.

Attention à ce nouveau vent ou à la folie de troisième mandat que nos chefs d’Etats font. Cela va créer instabilités et régressions. Pire, la folie de troisième mandat plonge nos pays dans une crise politique émaillée de violence qui font des morts.

Pourquoi nos présidents s’agrippent-ils au pouvoir ?

La limitation des mandats est évoquée en Afrique pour éviter de faire plus de deux (02) mandats consécutifs et successifs dans le souci de réduire au minimum à la paisible éternisation au pouvoir. Donc tripatouiller la constitution relève d’extrapolations infectes menant à un coup d’Etat constitutionnel. Comment, avec l’ère de la démocratie, certains chefs d’Etats tiennent vaille que vaille au fauteuil présidentiel? Les raisons sont à chercher ailleurs.

Les tenants du pouvoir redoutent que si l’opposition arrive aux affaires, ils seront obligés de migrer, partir en exil. Certains membres de leurs familles seront traînés devant les tribunaux pour corruption, détournement de fonds publics…D’où la tentation suicidaire de garder le pouvoir à tout prix le plus longtemps possible pour éviter les mauvaises surprises. Dans ce genre de contexte, tous les moyens sont bons pour la conservation du pouvoir.

En définitive, après l’ère du parti unique qui a succédée les indépendances, l’ère de la démocratie dans les années 90 (multipartisme), c’est maintenant l’ère des coups d’Etats constitutionnels, les troisièmes mandats : les mandats de trop qui rythment l’Afrique.         La maladie de troisième mandat devient apparente quand le deuxième et dernier mandat tire à sa fin. Au Sénégal, la question de troisième mandat se posera inéluctablement. Il y a une grande brèche dans la constitution qui mérite de s’y pencher sérieusement pour éviter le pire en 2024. Déjà, les débats ont commencé, les positions et lectures se font en fonction de l’appartenance soit à la majorité soit à l’opposition. La Constitution est un esprit, la lettre, les institutions et une pratique.

Nicolas Silandibithe BASSENE

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