mai 27, 2022

Dans son ouvrage « l’arme invisible de la françafrique une histoire du franc CFA » co-rédigé avec l’économiste française Fanny Pigeaud, il dit je cite: « Sortir du système CFA dans le cadre d’une solidarité panafricaine bénéfique à tous est possible. L’option de monnaies nationales mérite d’être considérée sérieusement. Une monnaie nationale a l’avantage d’offrir de la flexibilité aux États, puisqu’ils peuvent utiliser la politique monétaire et de change en cohérence avec la politique budgétaire de manière à influencer l’activité économique intérieure. C’est un arrangement plus fonctionnel a priori que l’intégration dans une union monétaire qui ne comporte pas de mécanisme de solidarité budgétaire. Durant les deux derniers siècles, les unions monétaires ont surtout servi des buts coloniaux dans les pays du Sud global. Il n’existe pas pas encore d’exemple de groupes de pays anciennement colonisés d’une taille démographique significative qui se soient développés économiquement dans le cadre d’une union monétaire du type monnaie unique. Les miracles économiques observés en Asie du Sud-Est se sont opérés sur la base de monnaies nationales. L’option de monnaies nationales est compatible avec une certaine forme de solidarité économique panafricaine. Au début des années 1970, Samir AMIN avait avancé une proposition dans ce sens au niveau de l’Afrique de l’Ouest. A la même époque que Samir AMIN, un ancien directeur de l’office national des changes du Sénégal, Mamadou DIARRA, avait réfléchi à un schéma similaire. Il proposait l’adoption de monnaies nationales émises par des banques centrales nationales avec des parités en phase avec les fondamentaux économiques. Ces monnaies seraient arrimées selon des parités fixes mais ajustables a une unité de compte commune convertible déclarée auprès de FMI. Au lieu des comptes d’opérations, des comptes d’avance seraient négociés. En 1983, une équipe menée par l’économiste français Christian de BOISSIEU présenta un projet très semblable.Avocat résolu de la libération monétaire de l’Afrique, le camerounais Joseph Tchundjang POUEMI a lui aussi défendu en 1980, l’idée d’une intégration monétaire au sein d’un espace composé de pays politiquement libres, chacun avec sa propre monnaie, mais liés par des taux de change fixes et la liberté de circulation de capitaux et éventuellement par la mise en commun des réserves extérieures.
Il faudrait mettre à jour toutes ces idées de façon à tenir compte de l’impératif de l’intégration africaine et de la nécessité de mettre fin à tout mécanisme de tutelle paternaliste ou impérialiste. Un système de monnaies nationales arrimées selon des parités fixes mais ajustable à une unité de compte panafricaine (qui pourrait dans un premier temps être régionale avant d’être élargie par la suite au reste du continent), le tout sous la supervision d’un fond monétaire africain centralisant une proportion plus ou moins importante des réserves de change des pays africains, apparaît en tout cas comme la voie la plus sage, la plus pragmatique et la plus prometteuse. Cela permettrait de faciliter les échanges et de renforcer l’intégration économique.Ce type d’intégration monétaire aura d’autant plus de chances de réussir si elle est accompagnée de politiques économiques complémentaires menées en commun et se donnant pour objectif de renforcer les capacités productives locales et le commerce intra-africain. Dans le cas de la CEDEAO, les produits alimentaires et les produits énergétiques (pétrole et gaz) représentent pour la majorité des pays membres entre 25 et 60% de la valeur de leur importation de marchandises. Or, l’Afrique de l’Ouest a tout ce qu’il lui faut afin d’assurer son autosuffisance alimentaire et énergétique. En mettant fin à leur dépendance sur ces deux volets, les pays ouest-africains pourront libérer une fraction significative de leurs réserves de change au profit d’autres usages à impact économique plus durable. Ce qui contribuera à réduire leur dépendance financière vis-à-vis de l’extérieur. Dès lors, ils pourront se doter de régimes de change qui leur octroieront encore plus de flexibilité et qui accompagneront leurs efforts d’industrialisation. Ces propos ne sont pas seulement valables pour l’Afrique de l’Ouest, mais pour tout le continent ».

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