mai 27, 2022

Selon Nouha CISSE, ancien proviseur du lycée Djignabo de Ziguinchor, actuelle médiateur de l’Université Assane Seck, Nouha Cissé est un observateur de la crise armée en Casamance. A l’en croire, «depuis 2012, avec l’arrivée du président Macky Sall à la tête du pays et qui dès ses premiers discours à la nation avait tendu la main au Mouvement des forces démocratiques de la Casamance pour une paix définitive en Casamance en laissé entendre je suis prêt a négocier avec les combattants jusqu’à la planète mars». Ce processus de négociation a-t-il dit «était plutôt en ligne droite avec Salif Sadio sous l’égide de la communauté Sant Egidio n’avait pas eu l’implication des quatre autres fractions du MFDC ce qui explique la situation de ni paix, ni guerre sur le terrain». Il a accordé une interview à Sénégal7.com.
Monsieur Nouha Cissé, vous êtes observateur averti de la crise Casamançaise, aujourd’hui quelle analyse faites-vous de la situation de ni paix, ni guerre en Casamance?
«Nous sommes dans un contexte où le conflit a perdu de plus en plus de son intensité et de sa forte pesanteur sur la région. Cela est dû au fait qu’il est de plus en plus disqualifié par les populations au contraire qui clament leurs profondes aspirations à la paix. Aujourd’hui, en Casamance tous les espaces sont bons, tous les créneaux sont utilisés pour véritablement appeler à la paix, prier pour la paix, par les populations, mais également par les protagonistes que sont l’Etat et les combattants du MFDC. Il y a un essoufflement parce que le conflit tire en longueur, mais il y’a aussi le fait que plus personne n’a envie de reprendre les armes pour s’affronter. Parce que le contexte et l’environnement n’encouragent plus cela, mais aussi, il y a de plus en plus la compréhension au sein du MFDC que la solution n’est certainement pas la poursuite d’une lutte armée dont la férocité a perturbé la quiétude en Casamance et entamé le processus de développement de la Casamance. Ainsi, de la part de l’Etat également, je pense qu’on a compris, à la limite qu’il s’est agi d’une guerre fratricide. Et mieux, c’est d’entamer d’autres solutions, ce que l’Etat a compris en acceptatant de négocier avec Salif Sadio sous les yeux de Sant Egidio.
Vous appréciez le processus de négociation enclenché par Sant Egidio ?
«Je crois que le processus est handicapé dès le départ. Handicapé du fait que c’est une fraction du MFDC qui négocie avec l’Etat sur les cinq fractions politiques et militaires qu’il y a d’une part et d’autre part. Disons que Sant Egidio abrite ces négociations à Rome. Donc, il y a des négociations qui se tiennent en vase clos, on n’a aucune idée des plénipotentiaires, du niveau de qualification des plénipotentiaires pour entamé ces discutions. Et d’ailleurs, ce qui fait qu’aujourd’hui, d’après les informations reçues par un journaliste, il semblerait que Salif Sadio et son groupe disqualifient véritablement les plénipotentiaires de l’Etat pour demander les plénipotentiaires plus représentatifs et certainement qui auront une mission beaucoup plus représentative. Je pense qu’on peut dire qu’il y a cette ferme volonté des protagonistes, particulièrement du MFDC a accepter de négocier, mais les négociations sont handicapées par cette situation d’une seule fraction du MFDC alors que les autres fractions sont laissées rade. Je pense que ça handicape le processus, il est bon peut être de revisiter par une évaluation ce qui s’est fait jusqu’à présent en matière de négociation pour donner à ces rencontre une plus grande consistance, mais également, une visibilité aussi. Nous avons des informations sur ces négociations que par des sorties du genre, comme ce fut le avec la récente sortie d’un de vos confrères. A part cela, nous ne sommes pas au courant de ce qui se trame.
En quoi consiste aujourd’hui la fermeture des portes des différentes fractions du MFDC aux médiateurs ?
Pour comprendre les mesures qui ont été prises au niveau des différents maquis, il faut prendre en compte une des fortes préoccupations du MFDC de manière générale, du maquis en particulier. C’est la question des retrouvailles, le mouvement est éclaté et le principe des négociations est retenu, mais il se pose la question de savoir qui va parler au nom du MFDC ? C’est dans ce cadre qu’ils avaient posé comme préalable ce qu’ils appellent, les assises «inter-MFDC». Ces dernières sont d’avis que les différentes fractions du MFDC se retrouvent et qu’à la suite d’échanges, qu’ils puisent parvenir à désigner un chef puis des représentants qui pourraient au tour de la table de négociation discuter avec l’Etat du Sénégal. Et pour la réalisation de ces assises, ils pensent qu’il y a des éléments de nuisance qui proviennent d’éléments extérieurs qui entrent dans le maquis et qui perturbent un peu le processus. Parce que plusieurs opinions sont là, parce que plusieurs influences sont là, et cela peuvent handicaper les retrouvailles entre MFDC, mais également, bloquer le processus de négociations entamait par l’Etat et en même temps, ils craignent des infiltrations. Pour ces raisons, ils posent leurs conditions de discuter en vase clos, à l’abri de toute présence étrangère et de toute intervention étrangère. Je crois que c’est ce qui justifie ce qu’ils appellent la fermeture du maquis aux intervenants, pour éviter que le processus qu’ils sont enclenché ne soit perturbé d’une manière ou d’une autre ou influencé négativement par des éléments extérieurs.
Etes-vous d’avis de l’implication des pays voisins dans ce processus de négociation ?
On se souvient au tout début des critiques importantes faites par le feu Abbé Diamacoune à l’époque, qui faisait état même de présence de troupe mercenaires aux cotés de l’armée sénégalaise en même temps qu’on soupçonnait certains voisins de prendre fait et cause pour l’Etat. Et la conséquence et que, il y a une disqualification de la qualité éventuelle de médiateurs ou disons de siège dans un des Etats pour abriter le processus de négociation. On n’a en souvenir que le président Abdoulaye Wade à l’époque avait posé le problème du non internationalisation de la crise. Qui était une question très large, à savoir, le non transfert du problème aux organisations internationales et également le transfert des négociations dans un des Etats voisins. Il était pour une gestion à l’interne du conflit à l’opposé d’une bonne partie des fractions de MFDC qui demandait que ça se passait à l’extérieur, pas en Afrique, mais plutôt en Europe et certains disaient en Amérique.
Pour mettre un terme à ces discutions, le Président Macky Sall en 2012 a annoncé véritablement les dispositions de l’Etat à négocier avec le MFDC jusque y compris sur la planète mars. C’était une manière de dire que l’Etait était disposé à négocier avec le MFDC partout. Et puis que le MFDC souhaitait que ce soit à l’extérieur et sous intermédiation de la communauté Sant Egidio qui est venue au bonheur accueillir ces négociations qui comme je le dis sont handicapées par le fait que c’est une seule fraction du MFDC qui était représentée.
Donc si vous voulez notre avis ; nous pensons que les négociations pouvaient se tenir aussi bien en Casamance ici, dans une autre partie du Sénégal, au niveau d’un des pays voisins où d’un des pays Africains. Et d’ailleurs, nous sommes suffisamment mûrs, suffisamment responsables de notre émancipation qui nous a octroyé notre indépendance qu’on ait confiance en nous mêmes et qu’on n’allait pas en occident pour solder nos comptes d’autant que tous nos malheurs viennent de la colonisation que nous avons subie de la part de l’occident plus particulièrement la France. C’est une approche qu’on gère, mais qui n’est pas des meilleurs de temps que c’est la puissance coloniale dont on a demandé le témoignage en 1993, qui a été fait ici. Aujourd’hui, c’est Italie, demain ça peut être des Etats-Unis. Pour moi, non seulement un désordre surtout une forme de retour sous la coupe de ceux qui sont à l’origine du malheur que nous vivons.
Le déminage est suspendu depuis un certain moment et bon nombre de villages veulent regagner leurs villages, mais ils craignent les mines…
Aux nombres de conséquences terrifiantes du conflit, il y a le problème de la pollution des terres. Cette pollution des terres est une catastrophe économique et qui freine même le développement de la Casamance en particulier, mais même du pays en général. Dans une situation pareille, la grande préoccupation des populations c’est que leur mobilité soit assurée. La dépollution des terres est faite, mais de manière fractionnée, malgré les efforts qui sont faits et il est important que cela se poursuit parce que c’est un pan important de l’économie qui est handicapé en Casamance. Mais, aussi ce qu’il faut comprendre, nous sommes dans une situation d’accalmie, ce qui est différent d’une paix définitive dont l’armée est toujours positionnée et de l’autre côté également les éléments du MFDC sont aussi dans leurs positions respectives. Dans une situation comme ça, il y a des préoccupations sécuritaires de chacune des parties, principalement du MFDC. Ce qui fait le déminage présente le risque pour eux pour de ne pas être exposé. Malheureusement, le processus de déminage se trouve confronté à cette situation. Ça plombe le déminage, mais il ne faut pas en désespérer. Il me semble qu’aujourd’hui, il y’a un plaidoyer fort engagé de la part des populations, des organisations des sociétés civiles encouragé par l’Etat. Tout cela peut aider progressivement à faire accepter le principe du déminage. Mais aujourd’hui, ce qui est le plus important, c’est que cette situation d’accalmie doit évoluer pour qu’on se retrouve dans des tables de négociations pour sceller définitivement des accords, pour que la question des mines soir un vieux souvenir et un mauvais souvenir pour la Casamance.
Il y a eu une attaque armée au pont de Niambalang les mois passés et la disparition des quatre exploitants forestiers….
«Ces deux cas sont inédites dans la crise armée en Casamance. Jamais les combattants se sont attaqués a des édifices publiques, ni aussi enlever des gens de cette façon. Pour moi, le fait de laisser la place au processus de ni paix, ni guerre peut donner la place à un processus de pourrissement. Or, dans le processus de pourrissement, il y a également de nouvelles stratégies de guerre juste pour faire bouger les lignes. Je lance un appel pour la paix et invite l’Etat à accélérer le processus de paix afin de voir une Casamance développée.
INFO SENEGAL7

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