mai 27, 2022

A mon bureau ce matin 10 octobre 2018, à 7 heures 15 mn, et comme à l’accoutumée,  j’ouvris les sites internet pour m’informer de l’actualité au Sénégal et dans le monde. C’est là où je suis tombé sur un article parlant de projet de construction d’une Résidence secondaire de la Présidence de la République à Karabane. Proposition émanant du 1er Magistrat de la Commune de Diembéring. Quelle belle initiative ! J’approuve le bien fondée de ce projet haut combien magnifique et pertinent quand on sait ce que représente ce village de Karabane historiquement pour le Sénégal en général et la Casamance en particulier.

Alors, pourquoi j’ai senti la nécessité d’écrire ? J’écris non pas pour me verser dans le giottisme, mais pour alerter nos autorités locales et nationales sur la situation de ce village et celle des îles de la basse Casamance.

Comment peut-on ériger une pareille infrastructure présidentielle digne de son nom sans l’inscrire dans un cadre global de projets structurants tenant compte de la situation extrêmement grave que traverse le village de Karabane en termes de ruine des monuments et sites historiques d’envergure qui nécessitent leur remise à l’état ? J’ai bien entendu le premier Magistrat de cette collectivité locale, arguant qu’il y aura des travaux d’adduction d’eau potable dans ces îles. Cela n’est pas un plus pour ces populations, mais une réparation d’une injustice quand on sait que le Sénégal avait prôné son atteinte aux objectifs du Millénaire pour le Développement en matière d’accès à l’eau potable.

Pour rappel, Karabane constitue un lieu de transit d’esclaves comme Gorée, premier comptoir commercial français en 1836, ce village fut aussi la première capitale administrative de la Casamance, jusqu’en 1904, date à laquelle elle fut remplacée par Ziguinchor. Sous l’Administrateur Emmanuel Bertrand BOCANDE, Karabane a été dotée d’un plan d’urbanisme en 1852 qui permit la construction de plusieurs bâtisses d’une magnifique architecture, la mission catholique en 1880 (devenue un grand hôtel), l’église de style breton en 1885, le pénitencier asile de déportation des résistants à la colonisation, pudiquement appelé « l’Ecole spéciale ».

Les ruines des entrepôts des maisons de commerce et le célèbre cimetière où repose le Capitaine Protêt, fondateur de Dakar, enterré debout, les yeux fixés au rivage comme il l’avait souhaité constituent des vestiges témoins du rôle historique de Karabane.

Karabane de par sa position stratégique privilégiée, fut une tête de pont de la pénétration française en Casamance comme certains aiment le dire.

Mais autant que la valeur de témoignage de ces vestiges, c’est de leur inscription dans un site naturel de toute beauté que résulte le charme de l’île historique et fait de Karabane un site paradisiaque, magnifique à contempler, mais aussi et surtout à apprendre de la richesse de son histoire.

L’île de Karabane est réputée être un village riche en histoire et présente un écosystème touristique attrayant vue sa position stratégique. Dans le contexte actuel de développement du tourisme de découvertes, les zones côtières de la Basse Casamance, grâce à leur  riche biodiversité  et réserves naturelles, offrent une place de choix pour les destinations touristiques les plus compétitives au Sénégal.

Je me pose alors la question du pourquoi ne pas faire de cette île une sorte de Gorée de la Casamance qui servira, de plaque tournante entre îles quand on sait qu’elles sont aujourd’hui regroupées en réseau pour mutualiser leurs efforts et face aux problèmes récurrents liés à leur situation d’insularité ?

Ces populations insulaires sont réparties entre deux collectivités locales que sont : Kafountine quatorze (14) îles et Diembéring sept (7) îles.

Pour ma part en tant qu’Entrepreneur Culturel, soutenir ce projet de construction de résidence secondaire de la présidence est une très belle chose, mais l’insérer dans un projet global et structurant est plus intelligiblement meilleure.

Comment comprendre, QUE le Tourisme qui occupe une place prépondérante dans le Plan Sénégal émergent (PSE), leviers de la croissance économique, nos autorités locales omettent de suggérer au Président de la République la restauration des sites et monuments historiques qui sont des réceptacles générateurs d’emplois ?

Comment comprendre, au moment où les bonnes volontés se battent pour inscrire Karabane comme patrimoine mondiale de l’humanité, on nous annonce précipitamment un projet d’érection de résidence présidentielle sans se projeter vers une harmonie d’intervention où la résidence se marierai parfaitement avec un environnement et un écosystème restaurés et enthousiastes ?

Comment comprendre qu’on projette l’édification d’une infrastructure aussi importante à Karabane sans la moindre préoccupation ou le moindre questionnement sur les problèmes d’érosions côtières qui menacent la vie des populations ?

Pourtant des projets de l’état financés par des Bailleurs de fonds prévus pour le renforcement de la gestion des terres et des écosystèmes dans un contexte de changements climatiques (PRGTE) sont en cours d’exécution.

Ce Projet de Renforcement de la gestion des terres et des écosystèmes concerne les Niayes et la Casamance notamment les zones côtières dans un contexte de changements climatiques.

J’interpelle le Maire de Diémbéring, s’il a connaissance de ce projet ? Quels sont les zones ciblées enrôlées par ce projet (PRGTE) ?

Et si tel n’est le cas, comment faire bénéficier de ce projet d’envergure aux populations insulaires pour la restauration de leurs terres et le renforcement de l’écosystème  côtier pour limiter les tracasseries des insulaires et leur doter de moyens de résilience face aux méfaits des changements climatiques ?

Je me pose ces questions parce que connaissant bien ces zones côtières notamment les 21 îles de la Basse Casamance, l’urgence et l’heure sont au combat pour la survie de ces populations.

Le niveau de vie est très faible, les infrastructures sociales de bases sont défaillantes, mais surtout les femmes et les jeunes qui se lancent dans des petites activités économiques de subsistances n’ont pas les moyens de bénéficier pleinement de leurs activités ; la DER n’est-elle pas passée par là ?

L’exploitation  forestière  commerciale  perturbe  fortement  les systèmes  de  production, avec comme corollaire, la diminution des précipitations, les   pauses pluviométriques et la hausse des températures.

Cette  exploitation  entraîne  à  son  tour l’érosion des sols et de l’eau qui provoque l’ensablement des rizières. L’augmentation  du  taux  de  salinité  et  l’acidité  des rizières  ont  systématiquement  réduit les terres cultivables et a  poussé  bon  nombre  de femmes à abandonner leurs champs. Les  impacts  des  changements  climatiques  augmentent l’accélération de la dégradation des écosystèmes de la mangrove.

Les îles de la basse Casamance sont confrontées à des situations assez précaires. Séparés du continent par une immense forêt de végétation de mangrove et parcouru par un réseau hydrographique très dense, les 21 villages insulaires regroupés autour du réseau des  îles  de  Basse  Casamance  vivent  essentiellement  de  l’agriculture,  de  l’exploitation  des produits halieutiques et du petit commerce. N’est-il pas envisageable d’ériger ce réseau de vingt une (21) ils en Collectivités locales ?

Elles ont toutes en commun l’isolement et la distance à parcourir où les populations de certaines îles débroussent la somme de dix mille (10 000 f) francs pour chercher des papiers d’état civile dans leur Mairie.   Cette même somme est dépensée par un voyageur quittant Bignona à Dakar en allée et retour !

La protection du patrimoine culturel et naturel, du village de Karabane et de ces environs participerai au à la promotion du tourisme culturel dans les zones côtières à potentiel culturel et cela doit inspirer nos autorités.

Ainsi dans sa Déclaration de Politique Générale (le 10 septembre dernier) le Premier Ministre du Gouvernement du Sénégal rappelait à juste titre que « promouvoir un secteur culturel plus dynamique, c’est assumer notre devoir de mémoire, c’est assurer la sauvegarde et la valorisation de notre riche patrimoine culturel et spirituel ; promouvoir un secteur culturel plus dynamique, c’est protéger les sites et monuments historiques ».

Il est donc nécessaire pour assurer un meilleur développement authentique, de restituer l’identité culturelle des peuples dans la plénitude de ses composantes les plus représentatives, les plus profondes et les plus authentiques, en vue de l’utiliser comme “ressourcement” des valeurs, catalyseur de créativité et mobilisateur d’énergie pour un développement endogène et authentiquement humain.

La sauvegarde du patrimoine culturel, transmis de génération en génération, recréé en permanence par les communautés et groupes en fonction de leur milieu, de leur interaction avec la nature et de leur histoire, un sentiment d’identité et de continuité.  Il participe à la promotion, le respect de la diversité culturelle et la créativité humaine. Il répond aux exigences d’un développement durable.

L’idée d’une politique « Ecotourisme en Casamance  » : aura pour objectif d’améliorer les conditions de vie des communautés locales dépositaires d’une civilisation.

Les activités ou les produits culturels contribuent en effet très largement à l’identité et au prestige de la collectivité qui les développe. Le développement des activités culturelles et artistiques devient dès lors un élément essentiel de la concurrence territoriale.

En témoignent les succès de certains labels récemment instaurés tels que les Festivals d’Abéné, le Carnaval de Kafountine, le Festival de Ndioum, le Festival de Jaz de St-louis etc.

Cette démarche, défendue par de nombreux élus, repose sur la conviction que la culture a des retombées positives sur l’économie et en matière de développement local.

« Le développement durable, répond aux besoins des générations présentes sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs »

(Ceci doit être inscrit dans les bureaux de nos élus locaux et des services de l’état)

Baboucar Dji COLY, Entrepreneur Culturel

Coordonnateur du P.A.T.R.I.A.R.C.H.E (Pôle Africain de la Tradition, de la Recherche de l’Identité des Ancêtres pour la Revalorisation de Culture, de l’Histoire et de l’Environnement)

museepatriarche@gmail.com

 

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